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En exclu, l’interview intimiste du duo AaRON !

Le duo français AaRON, à la pop électro romantique et créative arpente les sentiers du renouveau et de la métamorphose à travers son troisième album studio au style lunaire et profond. Cinq ans après son album Birds in the Storm, le groupe AaRON, dévoile un troisième opus révélant des sonorités brutes branchées sur un courant ascendant. La musique de Simon Buret et Olivier Coursier est à leur image, unique et emplie de sensibilité. Leur nouvel album, We Cut The Night, met l’accent sur des rythmiques faisant résonner l’émotif et le duo fait entendre, à travers cet album, sa musique intérieure.

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Simon, Olivier, We Cut The Night, est votre 3ème album studio qui sortira le Vendredi 18 Septembre 2015. We Cut The Night annonce des sonorités musicales moins pop et plus électro – voire même sombres – contrairement aux albums précédents . Pourquoi avoir amorcé cet album par un changement musical ?

Nous essayons toujours de saisir une émotion, un instant fugitif qui nous traverse, d’écouter la petite musique intérieure enfouie quelque part et de la retranscrire en musique. Chacune de nos chansons est un polaroid d’un instant traversé. En gros, on essaye de marquer qui nous sommes au moment où nous travaillons. Pas d’envie particulière d’un style musical, si ce n’est d’aller vers l’inconnu, la page blanche, de chercher à sculpter des muscles sonores autour d’un squelette mélodique qui se doit de « marcher » en piano voix, nu.

Nous avons comme chaque fois envisagé cet album comme une première fois. Un premier rendez-vous, afin de ne pas rester sur nos acquis. Pour ce qui est de sa « couleur », la nuit est peut-être son costume, mais une nuit éclairée alors, lumineuse, transpirante. Cet album parle du voyage, de renaissance, de pulsion de vie connectée au monde qui l’entoure, des grands espaces aussi. De la nuit intime autant que la nuit physique. De trouver sa place dans la masse, trouver son centre, au milieu des autres, comme dans la solitude.

Nous l’avons conçu pour qu’il ait plusieurs couches de lectures, qu’elles provoquent en fonction du volume écouté, un tapis sonore ou au contraire, une couche enveloppante dans laquelle il est agréable de se perdre, en dansant, conduisant, marchant … Nous avons essayé de faire de la musique qui rajoute du « vernis », de la couleur à l’expérience que l’auditeur est en train de vivre.

Trois titres de l’album – Blouson Noir, Onassis et Shades of Blue – sont déjà disponibles à la vente sur iTunes. Quelles sont les raisons qui vous ont poussés à dévoiler ces trois titres en avant-première, avant la sortie de l’album le 18 Septembre 2015 ?

L’idée était de revenir, de prendre le temps, jusqu’au rdv du 18 septembre. Ces trois titres correspondent aux prismes premiers de l’album ; ils portent en eux la couleur de We Cut The Night.
Reprendre contact en passant par eux était donc pour nous logique.

Le lien invisible qui relie l’auditeur à nos chansons, on aime le (re)tisser petit à petit, revenir lentement mais sûrement, en reprenant la parole seulement quand on a quelque chose à dire à nouveau, chargés de nouveaux horizons, plutôt que de tenir une quelconque place médiatique qui ne sert pas d’autre propos que celui de maintenir le cap succès.

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Vous avez annoncé la sortie de l’album We Cut The Night à travers une vidéo mettant en scène John Malkovich. Pourquoi avoir choisi John Malkovich pour promouvoir l’arrivée de votre nouvel album ?

Lorsque l’album fut terminé, plutôt que de présenter les choses d’une manière classique, nous voulions créer une sorte de préface, une introduction à ce nouveau chapitre. Comme les quelques lignes qui donnent envie dans savoir plus, d’aller découvrir le livre qu’elles introduisent. Il nous fallait une incarnation de We Cut The Night, et John s’est imposé à nous très vite. De par sa présence seule, la force de son visage, l’univers surréaliste qu’il transporte avec lui, son aura. Tout ça correspondait au message qu’on voulait véhiculer.

Le premier single promotionnel de votre album est Blouson Noir et il révèle des sonorités eighties et électro. Pourquoi avez-vous fait le choix de sortir ce titre en particulier en guise de single promotionnel ?

C’est le premier titre qu’on a composé, une carte postale new-yorkaise. Un titre brut, épais, avec plusieurs couches de lectures, dansant,  qui raconte l’errance dans le New-York d’aujourd’hui. Il portait en lui toutes les couleurs des morceaux qui ont suivis, par son enveloppe sonore autant que par ses pleins et ses déliés. C’est le premier qui nous as excité l’oreille, et lancé dans la production de ce troisième album, c’est lui, indirectement qui a donné le ton de ce qu’est AaRON pour nous aujourd’hui. C’était donc une évidence de le présenter en première porte d’entrée dans ce nouveau round.

Vous avez effectué deux années de concerts après votre album Bird In The Storm sorti en 2010 et vous vous êtes ensuite retirés de la scène pendant deux ans. Cette pause, était-elle pour vous une manière de vous enrichir artistiquement avant la sortie de votre nouvel album We Cut The Night ? Ces deux années vous ont-elles servies à vous focaliser sur autre chose que la musique, en autre ?

Comme dit précédemment, il fallait après cette tournée et le succès qui l’a accompagnée, revenir à des choses peut être plus « anonymes », plus « normales ». Voyager, se perdre, voir, entendre, goûter à des choses nouvelles. Se (re)charger avant de reprendre la parole. Se laisser du temps, retrouver la page blanche. Ne pas suivre un chemin trop tracé. AaRON a toujours été pour nous une source de liberté, il fallait passer par là pour la maintenir.

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Vous vous êtes réinventés en terme de style musical. De quelle manière avez-vous abordé l’écriture de We Cut The Night ?

La plus sincère possible, comme d’habitude. Sans calcul. Partir du principe qu’il vaut mieux aller chercher des choses, plutôt que de marcher sur des terres déjà cultivées. La musique est un mouvement perpétuel, c’est ça toute sa force. Nous avions quelques règles, comme véhiculer la même émotion par le texte et la musique qui l’enveloppe. Ne surtout pas se cantonner à un style musical, juste suivre notre instinct. Creuser des sons, des matières. Nous voulions aussi aller à l’essentiel, tant dans l’écriture, que j’ai voulue plus radicale, plus brut. On voulait un album minéral, connecté au cœur. Un album « vivant ».

Votre nouvel album est très contrasté. Il annonce de la placidité en juxtaposition avec l’obscurité. Comment percevez-vous cet album ? Ce contraste met-il en exergue une certaine forme d’introspection à laquelle vous avez dû faire face en créant cet album ?

Il y a toujours une forme d’ introspection avant de créer quoi que ce soit. Il faut ouvrir sa propre carapace pour aller chercher ce qui fera la matière première, la glaise qui donnera des chansons. Métaphoriquement, chacun est fait de lumière et d’obscurité, tout est une question de balance.

Cet album porte la lumière de l’invisible, celle qui permet de se sentir vivant. Elle peut être violente, ou apaisée, en fonction de l’auditeur qui l’écoutera. L’important, peut-être est de créer une sensation, une réaction dans l’oreille, dans le corps, les muscles, qu’elle soit physique ou mentale. Une rencontre entre la matière et son réceptacle quoi.

Vos prochaines dates de concerts sont déjà annoncées. Comment vous sentez-vous quant au fait de remontrer sur scène ? Avez-vous hâte de retrouver le public ?

Bien sûr qu’on a hâte ! C’est là où tout prend son sens, c’est là où l’idée que la musique est un mouvement perpétuel, est le mieux exprimé. C’est le lien invisible, relié avec les gens qui nous écoutent, LA rencontre, pour nous.

Et puis, voir, sentir, qu’après tout ce temps, les gens sont toujours aussi curieux de connaître le travail d’AaRON, pour nous qui faisons pratiquement tout que tous les deux, c’est fantastique. Couper la nuit ensemble, à nouveau, bien sûr… On a hâte !

Crédits Photos : François Berthier 

Propos recueillis par Marine Boissard