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Elzo Durt

Fils spirituel de l’art alternatif et référence indéniable dans le milieu du graphisme underground, Elzo Durt s’est révélé au grand public grâce aux pochettes d’albums qu’il a réalisées pour différents groupes, dont celles de La Femme et Thee Oh Sees. Touche à tout, il devient à tour de rôle, directeur artistique du magazine Voxer, designer pour la marque Carhartt, puis il réalise des illustrations pour le journal Le Monde. L’artiste aux multiples talents est actuellement en pleine préparation d’une exposition que l’on pourra découvrir à la galerie du jour agnès b. à partir du 1er Avril 2016. Une exposition qui s’annonce plus que complète puisqu’elle présentera différentes œuvres qui dévoileront les nombreuses phases créatives de l’artiste.

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Elzo, qu’est-ce qui t’a poussé vers l’art et plus particulièrement vers l’illustration ?

L’art et surtout l’illustration m’ont toujours passionné. Depuis que je suis tout petit, je lis des BD, je regarde les pochettes de disques, je collectionne les posters et les flyers…Je me suis toujours dit que je voudrais faire des pochettes de disques pour les groupes que j’aimais.

Tu crées essentiellement à partir de collages numériques que tu imprimes généralement toi-même en sérigraphie. Pourquoi avoir fait le choix de cette technique ?

Je n’aime pas trop mon trait en dessin, du coup j’ai dû trouver une autre façon de m’exprimer… Et avec cette technique de collage, j’ai trouvé mon univers…Tant que je m’amuse, je continuerai. Il y a moyen de faire évoluer les images, il faut juste toujours être à la recherche de nouveaux documents qui permettront de nourrir mes images.

Effectivement, avant j’imprimais toutes mes images en sérigraphie… Mais j’ai arrêté depuis quelque temps. Ces temps-ci , je préfère prendre du temps pour créer des nouvelles images, et les imprimer en digital par exemple. Quand j’ai commencé la sérigraphie, il n’existait pas de si bonnes techniques pour imprimer en digital… Aujourd’hui, on peut avoir des résultats très proches de la sérigraphie. Si j’ai commencé la sérigraphie, c’est dû au fait que je n’avais pas d’originaux vu que je travaillais à l’ordi, et donc il fallait que je trouve un moyen d’imprimer les travaux et la sérigraphie convenait complètement à mon travail…Qui se trouve être un gros travail de couleur finalement !

Tu as ouvert ta propre galerie – Plin Tub’ – à Bruxelles, ainsi que ta maison d’édition, un an après avoir obtenu ton diplôme en graphisme – à l’École de Recherche Graphique -. Tu t’occupais, à cette même époque de la communication graphique de Recyclart . Comment as-tu réussi à mener de front tous ces projets ? 

J’ai toujours été un gros bosseur, malgré le fait que je sois un gros fêtard ! Si je ne produis pas assez , j’angoisse… C’est mon moteur ! Évidemment ces expérience m’ont influencé…. Quand j’avais la galerie, j’ai rencontré plein de monde, ainsi qu’à travers les publications. J’invitais des artistes étrangers à exposer, qui souvent en échange me trouvaient des plans pour aller exposer chez eux…. Et comme ça, ça m’a permis de beaucoup voyager avec mes sérigraphies, de faire de supers rencontres, de voir plein de belles choses qui ont sûrement nourri mon travail.

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Ton univers est très fantasmagorique voire même parfois morbide. Comment expliques-tu ce choix ?

Effectivement ça m’arrive de travailler des thématiques plus morbides … Mais mes derniers travaux sont moins trash j’ai l’impression. Je vieilli, hehe. Et puis souvent j’essaye de contrebalancer les thèmes morbides avec des couleurs très joyeuses, qui adoucissent les images.

Quel message souhaites-tu véhiculer à travers tes œuvres ?

Je cherche l’efficacité, une image qui va te marquer. C’est du graphisme, il faut que l’image parle d’elle-même.

Tu travailles essentiellement dans le milieu de l’art alternatif. Pourquoi t’être voué à ce domaine en particulier ?

Prochainement j’expose à la Galerie de Jour de Agnes B à Paris, mais c’est vrai que c’est assez difficile pour un illustrateur d’avoir accès à ce genre de lieu. L’illustration n’a pas beaucoup de place dans les galeries d’art contemporain Je ne tiens absolument pas à rester dans une niche de l’art alternatif, mais je ne pourrai jamais la renier non plus, c’est mon école !

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Ta dernière exposition Deus Ex Machina a représenté une rupture dans ta carrière. Plutôt que de travailler sur la sérigraphie, tu as fait le choix de créer sur de grands formats imprimés sur diasec, en prenant la religion comme thème principal. En quoi était-ce important pour toi de relever un tel défi ? Qu’est-ce qui a motivé cette évolution dans ton travail ?

Comme je l’expliquais plus haut, j’essaye tout doucement de sortir du milieu alternatif, vendre des pièces à un prix plus élevé… De toucher un autre public. Et puis j’avais surtout envie de travailler en plus grand. Pour cette expo, j’ai fait un choix de faire de l’illustration pure sans texte et le diasec, je l’ai choisi car c’est ce qu’on fait de mieux en tirages digitaux pour le moment, j’ai l’impression.

Tu as lancé, en 2011, avec ton ami Froos le label, Teenage Menopause Records. Comment ce projet est-il né ?

Tout simplement, nous achetons beaucoup de disques tous les deux, nous écoutons beaucoup de musique, nous allons et organisons plein de concerts, et puis nous sommes de grands amis, nous voulions ensemble mettre notre pierre à l’édifice du rock !

As-tu des projets sur lesquels tu travailles actuellement ?

Pour le moment, je suis surtout en train de préparer mon exposition à la galerie du jour, qui commence le 1er avril. Pour l’occasion, je compte sortir un livre qui rassemble la globalité de mon travail – j’espère qu’il sera prêt à temps – . L’exposition sera très fournie, je compte y faire des installations aussi, ce qui est nouveau pour moi. Et puis sinon, comme d’habitude, j’ai plusieurs pochettes de disques en route, des illustrations pour des magazines, j’ai des planches de skate à designer … Ça ne s’arrête jamais vraiment !

Retrouvez Elzo Durt sur son site officiel et sur sa page Facebook.

Propos recueillis par Marine Boissard