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Clint Slate

Clint Slate, artiste multi-instrumentiste présente son nouvel album Before the dark aux accents pop-folk enivrants. Ce passionné du rythme nous plonge dans un univers alliant résonances pop-rock aériennes et arrangements électro-organic fiévreux. Clint Slate se plaît à distiller un son aux senteurs intimistes dont on ne se lasse pas. Before the dark est le fruit d’une introspection qui dévoile des sonorités lumineuses et une mélodie imparable ; un premier album à l’image de son créateur : indépendant et sensible. À noter : Clint Slate sera présent au Théâtre Trévise un mercredi par mois, et ce jusqu’au 18 Mai 2016.

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Clint, tu es auteur-compositeur et tu sors ton premier album solo après t’être focalisé sur différents projets pendant plusieurs années. Qu’est-ce qui a motivé ton choix ?

Après une dizaine d’années à diriger des projets et des groupes, j’ai eu envie d’arrêter de faire des concessions et de laisser sortir les sons que j’avais en tête exactement comme je les imaginais. Le travail à plusieurs peut être à la fois très enrichissant et particulièrement frustrant, il m’a donc semblé que c’était le bon moment pour m’atteler à un véritable album solo.

Quelle est ta formation musicale ?

Je suis autodidacte à tout. J’ai commencé au lycée avec une batterie électronique minuscule avant de tomber sur les guitares de mon père au grenier. J’ai trouvé des tablatures dans un magazine et j’ai commencé à jouer en quasi-permanence : J’enregistrais Taratata ou Nulle Part Ailleurs et je faisais des arrêts sur image pour choper les accords joués par les groupes, je m’enregistrais via deux chaînes stéréo à cassettes, ce qui me permettait de créer des « chansons » à plusieurs instruments… De fil en aiguille, j’ai commencé à chanter puis à essayer tout ce qui me tombait sous la main : Basse, clavier, mandoline, ukulélé, percussions… Je suis passé des cassettes à un ordinateur et je n’ai jamais cessé de travailler la musique depuis.

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Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire tes premières chansons ? 

Une certaine naïveté, je pense. L’idée que n’importe qui peut le faire. C’est toujours mon opinion, d’ailleurs : Je reste persuadé que la musique est un excellent moyen de communication, elle permet d’exprimer des choses que l’on ne pourrait pas dire, comme la peinture ou l’écriture. Et puis j’étais fasciné par la vibration du son, l’aspect presque transcendantal de la composition, quand un air anti à partir de rien. Je le suis toujours, je cours encore après ces petits instants volés.

Tu distilles un univers personnel et intimiste à travers ton premier album. Cet album est-il d’une certaine manière un moyen de tout recommencer ?

Oui, j’étais dans une phase de ma vie où j’ai eu besoin de changer de cadre, d’oblitérer le passé pour un temps et de me focaliser sur autre chose pour pouvoir avancer. Ça a été Clint Slate, qui est un jeu de mots sur « Clean Slate », une ardoise effacée. Un nouveau départ, donc.

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De quelle manière as-tu travaillé sur la composition ?

Il faut savoir que j’écris beaucoup par période, aussi lorsque j’ai commencé par trier les morceaux existants pour voir ce qui pourrait former un ensemble cohérent, j’en suis arrivé à 50. Mais certaines chansons me semblaient obligatoires, comme « Till Death – Do Us Part – » ou « Harder », alors j’ai décidé de partir de là et de laisser voguer les choses. C’était un processus très intéressant car il m’a pris par surprise : Des morceaux que j’aime beaucoup ne sont pas sur le disque mais d’autres que j’avais complètement oubliés en sont devenus la pierre angulaire. Au final, je suis très fier de « Before The Dark », qui est un bon reflet de ma personnalité à cette époque.

D’un point de vue plus général, j’ai tendance à composer en prenant simplement ma guitare et en jouant ce qui me passe par la tête. Si une suite d’accord se dessine, je commence à chantonner et à chercher des sons, des images, des personnages, des sensations. Ensuite, j’enregistre un a un chaque instrument, en me laissant à chaque fois le plus de liberté possible. Parfois, c’est l’enregistrement qui va créer la chanson et je vais essayer de la laisser respirer le plus possible pour l’apprivoiser : « Till Death » est née d’une séance de création qui a duré trois jours, partant d’un riff de guitare qui n’est même plus dans la chanson et m’obligeant à laisser tomber mes tics de composition. À l’inverse, « Trainwreck » est venue d’un trait, un jour où j’étais assis avec ma guitare, comme « Endless Summer Day » que j’ai composée et enregistrée en une séance pour ne plus jamais y toucher. Ce qui compte, c’est la liberté et la chanson : « La règle d’or, c’est qu’il n’y a pas de règle d’or », comme disait George Bernard Shaw.

Tu as réalisé une collecte sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank afin de réaliser ton projet. Comment ce projet a-t-il été accueilli ?

Très bien. Je voulais pouvoir garder la mainmise sur le rendu final et il me semblait difficile de le faire tout en cherchant un label, qui aurait forcément voulu formater le projet. Internet a autant d’avantages que d’inconvénients maintenant : On peut à la fois se faire connaître tout autour de la terre en un clic, mais on est aussi noyé dans la masse. Le fait de passer par une plateforme de crowdfunding m’a permis de voir quel public pouvait être touché par mon univers et ça m’a boosté pour aller au bout du concept. Je ne remercierai jamais assez les contributeurs pour leur soutien, sans eux je n’aurais rien pu faire.

Tu as travaillé sur deux titres avec Eric McFadden et Kyan Khojandi. Comment s’est déroulée la collaboration ?

J’ai rencontré Eric il y a quelques années lors d’une interview alors que j’étais journaliste pour Xroads Magazine. Le courant est bien passé et on fait quelques trucs ensemble, dont un duo et le Divan du Monde. Sachant qu’il était à Paris, je lui ai demandé de passer à la maison pour voir s’il pourrait jouer sur quelques titres et « Harder » en fait partie. Ce type est un monstre, à la fois terriblement doué et diablement charismatique : Il a fait deux prises et on a gardé la deuxième, sans rien toucher.

Pour Kyan, tout est lié au FIEALD, la plus ancienne scène ouverte de Paris où j’ai longtemps officié en tant que guitariste/chanteur. Il y est passé pas mal de fois et on a sympathisé. A l’époque où il était en train de peaufiner Bref!, il est passé à la maison pour qu’on joue un peu histoire de se changer les idées de nos projets respectifs. C’est un grand créatif, très doué dans tout ce qu’il entreprend. Un sacré bosseur aussi.

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Ton album s’accompagne de visuels assez forts – qui ont été créés par Christophe Castejon – à travers un livret de 16 pages en couleurs. Pourquoi avoir fait le choix de donner une place importante au visuel par le biais de ton album ?

J’ai tendance à envisager la création comme quelque chose de global, qui doit parler à tous les sens. Et puis je suis un enfant des 80’s, j’ai grandi entouré de grands disques qui avaient de grands pochettes et j’avoue que le soin qu’on apportait à l’emballage à l’époque me manque un peu. Lorsque la couleur sonore de l’album a été établie, j’ai su que je voulais travailler sur le pendant visuel avec Christophe. On a la même sensibilité et on se comprend facilement. Les visuels qu’il a créés sont incroyables, ils contribuent au voyage auquel je cherche à convier l’auditeur.

L’aspect visuel continue sur scène, d’ailleurs, où le concert se transforme en pièce de théâtre : L’album est joué en intégralité, servi par une scénographie basée sur des projections, des cadres, des jeux de lumière et une voix off. « Before The Dark » est donc devenu à la fois un album et un spectacle, mais surtout un voyage intime, un échange avec le public.

Quels sont les artistes dont tu t’inspires ?

Il y en a beaucoup : Queen, U2, The Police, Soundgarden, Nine Inch Nails ou Archive ne quittent jamais mon Ipod et il y en a beaucoup d’autres. J’aime quand les artistes sortent des sentiers battus et explorent leurs limites. Jeff Buckley interprétant « Grace » à Nulle Part Ailleurs a été un déclencheur. Pas de barrière, juste du laisser aller et toujours cette transe communicative. Robert Plant était très bon à ça aussi. Globalement j’écoute de tout, de Sinatra à Prodigy en passant par Rage Against The Machine ou A-Ha. Je préfère la musique aux styles.

Quels sont tes projets suite à la sortie de ton album ?

Actuellement, il faut faire savoir qu’il existe au plus grand nombre donc je cherche des supports média et des dates de concert. Le projet inclut maintenant trois musiciens et deux techniciens supplémentaires et toute l’équipe à hâte de retrouver le public ! Mais je dois avouer que j’ai déjà un coin de mon cerveau occupé à réfléchir au deuxième album…

Bande annonce du spectacle au Théâtre Trévise

 

Retrouvez Clint Slate sur son site officiel ainsi que sur Facebook et SoundCloud.

Propos recueillis par Marine Boissard

Crédits visuels : Christophe Castejon